Mes ricochets, ricocher, ricochez... de mots en mots

Ecrire. Nier le silence. Donner corps à la vie. Toucher du bout des doigts l'impalpable moment présent. Vivre, tout simplement. A s'en exploser le coeur. On ne sort pas indemne de la vie. On essaie juste de garder intacts les sensations.

02 février 2010

Tic tac, Tic tac

26012010

8h55.
J'dégringole les marches plus que je ne les descends. Putain de réveil. Je m'accroche à mon lit comme à une douce chaleur rassurante, à mes rêves comme à un quai que je refuse de quitter une fois le soleil levé. Et au final, je suis à la bourre.
Une clope dans une main, un biscuit dans l'autre, je saute 2 marches à la fois.
Courir, c'est bien. Ca fait se sentir libre. Pas quand on court pour être à l'heure au boulot. De merde. Qu'on rêve de quitter. Ca prend plutôt des airs de galère interminable, dans ces cas là, en fait.

9h02
T'es en retard.
Ta gueule.
Non, je l'ai pas dit. Juste pensé très fort en m'asseyant derrière mon bureau.
Y a le téléphone qui me fixe d'un air malsain. Il me murmure que oui, il va encore se greffer à mon oreille pour la journée, que ça sera long, très long, et sans doute sans résultat. J'ai presque l'impression que ça le fait marrer. J'ai presque l'impression que parfois, je deviens folle.

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01 février 2010

L'émoi des mots

25012010

Je me perds dans des mots qui ne sont pas de moi, entre les lignes de bouquins que je connais déjà par coeur. Je m'évade de la nuit, je m'évade de la vie. 22h, sous la couette. J'prends pas de recul, je fuis l'inutilité et l'absurdité du temps qui passe. Je fuis dans des histoires qui n'arrivent jamais vraiment. Mais faudrait p'têtre. En me disant que c'est toujours mieux.

Je crois surtout que j'oublie que j'ai oublié mes rêves. J'oublie que moi je n'écris plus. Ou juste quelques mots à de gauche à droite. Quelques lignes tout au plus. J'avais promis, pourtant. J'm'étais promis à moi-même, en fait. Et c'est ça le plus important. Pas forcément être publiée, mais j'voulais juste y arriver. A terminer une histoire de plus de 10 pages. Le genre qu'on peut qualifier de 'roman' quand on veut se jeter des fleurs à soi-même. Je ne crois même pas que je l'aurai envoyé, p'têtre même que personne ne l'aurai jamais lu. C'est pas important. C'était juste pour moi. Mais les promesses que l'on se fait à soi-même sont bien trop souvent à la fois les plus importantes et les plus difficiles à tenir. J'avais 15 ans. J'en aurai 24 dans 2 mois. Et je commence à comprendre qu'au bout de ça non plus, je n'irai pas. Alors je lis. Alors je fuis.

J'ai envie de silence. Et de relaxation. Envie de lacher prise. Peu importe, au fond, si je tombe.
Un bain rempli d'eau fumante. De douce mousse parfumée. Un livre. Un verre de vin. Mozart. Et rien d'autre.
Quelques heures de répit.
Tout envoyer chier.

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31 janvier 2010

Parce qu'écrire et crier sont fait des mêmes lettres...

... je me sers souvent de l'un pour ne pas user de l'autre

27012010

A certains moments de ma vie, je me jette à corps perdu dans l'écriture. Impulsif, compulsif, irréfléchi.
Réponse à ma frustration de ne pas parvenir à transcrire verbalement, au quotidien, toutes ces pensées qui affluent et que je colle sur papier.
J'écris ce que je ne parviens pas à dire. Ce que je ne sais pas à qui dire, aussi.
J'écris parfois simplement pour ne pas avoir à parler.

Les mots, souvent, se couchent plus facilement sur papier qu'ils ne se faufilent dans l'air jusqu'à l'oreille de leur destinataire.
J'écris par facilité plus que par choix.

Et parfois j'ai envie de tout envoyer chier. Ces pages, ces lignes, ces mots qui ne trouvent pas leur réalité.
Parce que c'est de ces mots noir et blancs qu'elle est tombée amoureuse.
Et je sais qu'au fond, je ne suis pas à la hauteur de ce qu'ils laissaient présager.

Usurpatrice de ma propre identité.

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30 janvier 2010

Bi peau l'air

28012010

Je me balance entre réflexions et indécision, entre doutes et peur de l'avenir et volonté d'y croire encore et toujours. Envers et contre tout, j'ai envie de dire. Parce que parfois, oui, j'ai l'impression que tout s'oppose à ce que la vie coule, calme et paisible. D'un autre côté, j'ai cette impression de plus en plus constante, oppressante, que le calme n'est pas pour moi. Bipolaire. Je me sens bipolaire. Ballotée entre envie de tranquilité et d'exceptionnel, de stabilité et de découvertes, de nuits blanches et de soirées reposantes, de vie saine et d'abus d'alcool. J'ai l'impression d'avoir besoin de détachement. De changement, aussi. Surtout.

Quand on sait que l'on passe la majeure partie de sa vie au travail, hormis le temps que l'on passe à dormir, combien de temps peut-on tenir dans un travail difficile, éreintant moralement, et que l'on n'aime pas, la plupart du temps? Je tiens depuis 15 mois. Je sens le point de rupture approcher. Et pourtant, toujours, je me refuse à lacher prise définitivement. Vestige de mes entrainements de sportive, de cette faculté acquise au fil des années à gérer le stress et la pression, à ne pas se laisser démoraliser, à toujours essayer. Pourtant, je le sais, au fond, que le statut de commerciale n'est pas fait pour moi. Je garde au fond du coeur cette envie constante d'aider les gens, pas celle de leur prendre de l'argent en vue d'hypothétiques retombées publicitaires. Oui, la pub est nécessaire pour les entreprises. Mais lorsque je sors d'un rendez-vous, chèques en poche, auprès d'un jeune créateur, à peine plus agé que moi, qui vient de m'expliquer ses attentes et ses difficultés, j'ai de plus en plus de mal à gérer la culpabilité. Et si ça ne lui apportait rien? Et si cet espace publicitaire qu'il a conscenti à faire, persuadé que ça lui apporterait des clients, virait au désastre et ne lui apportait rien d'autre qu'un déficit financier? Et si cette simple pub le menait à fermer son entreprise faute de moyens financiers pour la continuer? Dans le monde actuel, on manque cruellement de jeunes plein d'avenir prêts à travailler dur pour réussir. Et si mon métier ne faisait finalement que mettre des batons dans les roues à ceux-là même? Parce qu'il faut bien l'avouer, dans la conjoncture actuelle, rares sont les opérations publicitaires qui rapportent réellement. Et ce sourire béat et confiant qu'on affiche sur notre visage au moment de leur dire "Ne vous inquiétez pas, faites-moi confiance et lancez-vous. Ca va marcher" me répugne chaque jour davantage. Paradoxalement, le plus dur moralement reste ces périodes où les rendez-vous désertent mon agenda et où ce n'est non pas à des clients parfois un peu naïf mais à un patron mécontent que j'ai à faire. Au final, quels sont les moments où je me sens bien, moi? Peut-être serait-il temps que ce soit moi qui prenne ma vie en main...

Oui, j'ai besoin de détachement. Ou de retour aux sources. Parce qu'être loin des siens n'est pas facile en cette période hivernale. L'été non plus, à vrai dire.

Hier, ma nièce est née. Lola. 2kgs900 et 52cm de bonheur à l'état pur. Bonheur que je ne partage que par mails ou par téléphone. J'aurai tellement aimé la prendre dans mes bras, la regarder gigoter. Les photos ont beau m'emplir de joie, elles restent tellement statiques que j'ai du mal, en les regardant, à y voir réellement ma nièce. Et le manque est plutôt difficile à supporter, ces derniers jours. Le manque de ma famille.

Et au final, quoique je fasse, je reste bloquée entre deux eaux, entre deux ports d'attache. Partir et laisser B, j'en suis incapable, tandis que rester et être loin de ma famille m'est difficile. Dans une situation où les compromis n'existent pas, reste à faire un choix. Et, de plus en plus souvent, je me rattache à une phrase, échangée lors d'une conversation msn. "Ta décision, tu l'as déjà prise. Tu l'as prise le jour où tu es partie." Je me raccroche à ça comme à une bouée de sauvetage pour éviter de sombrer quand les larmes montent un peu trop vite. Non, je ne ferai pas marche arrière. Je vais avancer.

Mais pour aller où?

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29 janvier 2010

Déboires informatiques et résumé romanesque

En plein écriture d'un article mémorable et bourré d'humour, figurez-vous que mon pc n'a rien trouvé de mieux à faire que de s'éteindre comme ça, sans même que je le lui aie demandé. Bon, après quelques baffes, histoire de lui faire comprendre une bonne fois pour toutes qui est le chef, me revoicie. 

Et, du coup, parce qu'il se fait tard et que mon inspiration débordante doit bien s'incliner devant ce manque flagrand de savoir vivre de mon compagnon informatique, on va faire court.

Hier, j'ai plutôt un peu beaucoup abusé d'un excellent vin blanc, j'ai perdu tous mes match lors de notre tournoi de bras de fer improvisé entre filles, me suis endormie sous aspirine pour éviter, sans grand succès, le mal de tête récidiviste du lendemain, ai été réveillé par B qui hurlait au milieu de la nuit parce que Luna venait de la réveiller en lui griffant le dos et suis partie la tête dans le c** au bureau pour cette dernière journée de la semaine.

A part ça, je viens de décider que désormais mes bonnes résolutions ne seraient plus annuelles, période bien trop longue et incertaine, mais mensuelles. Ainsi donc, pour ce mois de Février qui approche, la marche à suivre s'avèrera très administrative puisque j'ai décidé que j'allais :

- Arrêter de me dire qu'il fallait que je trouve un autre travail ou tout simplement une voie professionnelle un minimum intéressante et m'y mettre réellement. Après la réflexion, un peu d'action me sera bénéfique, et je vais donc me mettre à la rédaction et à l'envoi d'une multitude de CV's et de lettres de motivation.

- M'occuper enfin de dire tout le bien que je pense d'eux à la SECU et m'arranger pour que cette fois, après plus d'un an de négociations, de pertes de dossier et, je dois bien l'admettre, d'un certain flegme de ma part, mes futures absences pour cause de maladie soient enfin couvertes par un quelconque organisme.

- Aider de manière un peu plus active que simplement par des sourires et des phrases positives B dans ses démarches de nouvelle orientation professionnelle en me mettant à la redaction de lettres destinées à la mairie et autres dossiers visant à l'obtention d'un prêt professionnel

- Faire des abdos et arrêter les cochonneries alimentaires du style macarons-chocolat-tropéziennes-saucisson-fromage-nutella.

- Trouver le courage de demander quelques jours de congé à mon boss et les moyens financiers de rentrer en Belgique retrouver ma toute nouvelle petite nièce de 2 jours, 52cm et 2kgs900 adorablement prénommée Lola par mon frère et ma belle-soeur préférée et que j'ai hâte de rencontrer en chair et en os le plus rapidement possible

Sur ce, je vous souhaite un bon week-end.

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25 janvier 2010

Les femmes viennent de Vénus ?!

(2 femmes en noir et blanc, de Paulina Altuna)

Je ne vous apprendrai sans doute rien en vous disant que "les hommes viennent de mars et les femmes de Vénus". C'est de notoriété commune. Mais pourquoi ne précise-t-on pas, dans ce genre de bouquin, que d'accord, les femmes viennent peut-être toutes de Vénus, mais qu'il y a des dizaines de régions différentes pleines de peuplades différentes et que non, toutes les femmes ne sont pas pareilles. C'est vrai quoi, à lire ces bouquin, on se dit que vivre avec une femme, quand on en est une, c'est simple comme bonjour. On est sensées se comprendre, avoir les mêmes centres d'intérêt, la même manière de penser, d'appréhender l'amour et le sexe, et trente-six autres conneries du genre. Et bien croyez-moi, c'est totalement faux.

L'amour est compliqué. C'est comme ça.

J'ai l'impression d'être sur le toit d'un immeuble interminable, au bord du vide. Soit je saute, en espérant pouvoir voler, soit je recule et je fais marche arrière. Et je saute d'un état à l'autre, de l'impression de savoir voler à celle d'être en pleine chute, sans aucune trêve.

J'ai cru que ce serait plus simple. J'ai cru que ce serait différent. J'ai cru des milliers de choses, et rien ne s'est passé comme je le croyais. Peu importe comment on le vit, peu importe avec qui, l'amour est toujours compliqué, fatiguant, éreintant, même. A sauter d'euphorie en doutes et de rires en larmes, on en oublierait presque où se trouve le juste milieu. Et avant même qu'on ait eu le temps de se poser la question, la routine s'est installée, et avec elle son lot de regrets et de ressentiments, de prises de consciences et de questions sans fin.

Les femmes viennent de vénus? D'accord, si vous le dite. Mais croyez-moi, c'est pas pour autant qu'elles se comprennent entre elles. Elles sont compliquées, pleines de contradictions, ne savent pas ce qu'elles veulent et encore moins comment elles le veulent, changent d'avis tous les deux jours, ne sont jamais sûres d'elles, ont constamment peur, à la fois de s'engager et de se retrouver seule, ne comprennent pas qu'on ne puisse pas les comprendre, sont têtues et exigeantes, autant envers elles-mêmes qu'avec les autres, ne pardonnent pas facilement, se donnent toute entières mais reprennent vite leur coeur à la moindre incartade, passent du je t'aime au j'ai besoin d'espace sans prévenir, sont inconstantes, adorables, attachantes, belles et attirantes. Et tout ça en même temps. Presque exactement au même moment. Impossibles à suivre dans leurs raisonnements.

S'engager là-dedans s'avère suicidaire, désespéré et désespérant, difficile, insurmontable parfois. Du délire à l'état pur.

Et pourtant. Elle est la seule personne qui me donne l'impression d'avoir des ailes...

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23 janvier 2010

365

C'est toujours bizarre, les débuts d'années. Comme un nouveau départ. Alors, on y met plein d'espoir. Forcément. Même si. Même si on ne voulait pas, même si pour une fois, on avait laissé au placard toutes nos bonnes résolutions. Forcément, malgré tout, on espère. On regarde vers l'avant, on ferme les yeux une seconde, aux douze coups de minuit. Et on se dit que ça y est, c'est parti. Une immensité de choses à prouver, et 365 jours pour y arriver.

J'étais confiante, je crois.

L'année n'aurait pas pu plus mal commencer.

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22 janvier 2010

A perdre haleine

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Journée de merde. Week-end de merde. J'avais essayé de me faire belle, pourtant. Gommage, brushing, maquillage, slim et talons hauts. Pas la moindre réflexion. Pas le moindre regard. On ne se regarde plus. Non. Elle ne me regarde plus. Moi, si. Même si. Alors. Quelques verres de vin le soir venu. Un joint. Par dépit plus que par envie. En se disant que. Sans doute, ça suffirait. Mais non. Elle s'eclipse. Rejoint son pc. Msn. Internet. Tout, plutôt que le huis clos. Tout, plutôt que d'être simplement avec moi? Certains jours, je me demande. Si tout ça a un sens. Un but. Une finalité. Pas une fin. Une fin, c'est différent. Une fin, je commence tout juste à comprendre qu'il risque d'y en avoir une.
Je voudrai juste qu'elle me regarde comme avant.

Si on court vraiment vite, peut-on espérer finir par rattraper le temps perdu?

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13 janvier 2010

(...)

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07 janvier 2010

Les semaines écoulées et les mots en vrac

Ca y est, 2010 est lancée. Et j'ai la vague impression pourtant d'être restée dans les starting blocs. Une nouvelle année, certes, mais quoi d'autres? Rien. Absolument rien. On garde la même donne et on recommence, on a juste perdu un an, ou gagné, ça dépend si on parle en terme de temps qu'il nous reste ou d'années qui passent. Cette année, j'ai même zappé les bonnes résolutions. A quoi servent ces éternels "cette année, je perds du poids, j'arrête de fumer, j'évolue", dont on ne retient finalement qu'une vague promesse qu'on s'était faite sans jamais réellement prendre la peine de la suivre.

Enfin, ne me croyez pas désabusée pour autant. Pour être honnête, je l'avais même faite, cette liste de bonnes résolutions. Une bonne dizaine de fois, même, dans ma tête. Trouver un travail qui me convienne davantage, arrêter de fumer, perdre un peu de poids, me remettre au sport, diminuer la caféïne, redonner un nouveau souffle à mon couple, économiser en vue d'un investissement à long terme, voir ma famille plus souvent, arrêter de me prendre la tête pour un rien, me remettre à écrire.

Je continue? Croyez-moi, il vaut mieux pas. La liste des choses qu'il faudrait que je change dans ma vie prendrait des pages et des pages, à commencer par ma conception de la vie elle-même qui a perdu toute saveur.

Les bonnes résolutions, comme les rêves, finissent finalement toujours en boulette de papier dans la poubelle, alors à quoi bon y perdre un temps précieux?

Cette année, j'ai juste envie d'apprécier chaque jour à sa juste valeur.
Et puis on verra bien ce qui se passe...

+++

Vous avez déjà eu l'impression de ne pas être à la hauteur? De n'être pas capable de réussir, d'aller au bout des choses ou de simplement vivre comme vous l'aimeriez? Ces derniers temps, j'ai l'impression que ce sentiment ne me quitte plus. Collé à mes basques, collé à ma peau. Comme si je n'étais à ma place nulle part, comme si peu importe mes efforts, aucun ne suffisait. Il y a eu le retour en Belgique, d'abord, et ce sentiment de ne plus appartenir à cette ville, à cette maison, de ne plus réellement savoir quoi leur dire, ou simplement qui être face à eux. Sur la scène familiale, je joue toujours le rôle de la petite dernière à qui on se doit d'expliquer la vie, comme si celle-ci me restait inaccessible. Et pourtant. Deux ans déjà que je suis partie, ils n'ont toujours pas compris. Et puis ses mots, à elle. "Je t'aime moins qu'au début". Paraît que c'est normal, que la vie commune étiole la passion, que ça ne veut pas dire qu'elle va partir. Paraît que c'est notre lot commun à tous. Et si j'avais pas envie d'être un autre mouton du troupeau? Si je voulais de l'exceptionnel, du passionnel, du tendre et de l'attentionné sans date limite de validité. Si je refusais d'admettre que la courbe des sentiments redescend doucement au fil des années qui passent? Si tu ne m'aimes plus, si tu m'aimes moins, alors pars. N'attends pas que je m'en lasse. J'ai trop vu de contes de fées pour admettre que tu n'en fasses plus partie.

+++

Dehors il pleut un peu. A peine une bruime. Juste assez pour se cacher sous un bonnet, se réchauffer les oreilles. Dans les rues pavées, je cours. J'évite les dernières plaques de glace, je saute au-dessus des flaques. Mon frère et ma soeur viennent à peine de me déposer chez ma mère. Chacun rentre chez soi après le week-end, chacun va se coucher, tout le monde est fatigué. J'ai oublié mes clopes dans la voiture. En me dépêchant, je pourrais peut-être l'aider à décharger, prendre mes clopes et rentrer. Là-bas, au coin de la rue, y a la pizzéria ou j'aime tellement manger avec mon frère. P'têtre qu'on ira demain. L'intérieur n'a pas changé. Si ce n'est cette table, là-bas, au fond. Là, il y a mon frère, ma soeur, mon beau-frère, ma belle-soeur, et les enfants. Ils commandent et rigolent. Tous là. Sauf moi. Ils disaient qu'ils étaient fatigués. Je suis rentrée, j'ai demandé les clés de sa voiture à mon frère, pris mes clopes, et suis repartie. J'ai juste oublié de sautiller.

Une semaine. C'est tout le temps qui nous était impartis. Une semaine par an. Et malgré tout, ils vivent sans moi. Je crois que c'est précisément à ce moment là que j'ai cessé de me demander si j'avais pris la bonne décision en partant.

+++

Jamais le temps ne suspend son envol, disait le poême.

Il me semblait qu'hier encore, on attendait l'an 2000 avec impatience, en tremblant presque à l'idée du bug informatique mondiale, ou même de la fin du monde qui allait suivre.
Et aujour'hui, on en est où?

10 ans plus tard ou le lendemain. Comme si rien n'avait changé. Quelques rides en supplément

Bonne année.

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